revue ACE 165 - édito

Pendant trop longtemps, la profession a traité la souffrance au travail comme une variable d’ajustement, voire comme une preuve d’engagement. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Une scène, devenue familière dans nos cabinets : un jeune collaborateur, brillant, formé dans les meilleures écoles, annonce après deux ans son départ. Pas vers un concurrent. Vers autre chose. Vers une nouvelle vie.

Notre première réaction, longtemps, fut l’incompréhension teintée d’amertume : ils ne tiennent pas, ils ne savent pas ce qu’est le travail, ils n’ont pas la vocation. Cette réaction est confortable. Elle est aussi profondément erronée. Ces jeunes confrères ne fuient pas le droit. Ils refusent un modèle d’exercice qui exige le sacrifice de la santé comme prix d’entrée. Et ils ont, peut-être, eu raison avant nous.

Le bien-être des avocats est devenu, qu’on le veuille ou non, le nouveau critère d’attractivité de la profession. Il ne se décrète pas dans une charte affichée à l’accueil. Il se construit dans les arbitrages quotidiens : repenser l’organisation du travail, interroger la facturation horaire, encadrer la charge des collaborateurs, former les associés à la détection des signaux faibles, créer des espaces de parole protégés. Aucune de ces actions n’est gratuite, mais toutes coûtent infiniment moins cher que l’inaction.

Le congrès de Dijon en 2025 a eu le courage de placer la santé mentale au centre des débats de la profession. C’était un commencement, pas un aboutissement. Aux générations établies, il revient désormais de transmettre non seulement un savoir et un réseau, mais aussi une manière d’exercer qui ne broie pas ceux qui s’y engagent. C’est une exigence nouvelle. C’est peut-être, au fond, la plus belle des responsabilités.

Et qu’on ne s’y trompe pas : l’enjeu est aussi économique. Un collaborateur qui démissionne après dix-huit mois représente, plusieurs milliers d’euros perdus en recrutement, en formation et en savoir-faire évaporé. Un associé en burn-out, c’est un portefeuille clients fragilisé, une équipe désorientée, parfois une responsabilité civile professionnelle engagée. Une réputation interne dégradée, c’est un vivier de talents qui se tarit.

Et votre santé, elle, n’a pas de prix.

L’ACE, par sa vocation et son histoire, est l’enceinte naturelle de cette mutation. Aux confrères qui hésitent encore, une seule question : combien êtes-vous prêts à perdre avant d’agir ?

Par Yasmine Develle,

Présidente Nationale ACE – Avocats, Ensemble, Avocat associé Mineral avocat

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